Point de pratique
Affichage : le 23 septembre 2026
Ram Mishaal MD, Mor Cohen-Eilig MD, Vivian Wong M. Sc., Scott McLeod MD; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la santé mentale et des troubles du développement, Section de la pédiatrie du développement
Les pédiatres en pratique communautaire peuvent recevoir des nourrissons ou des tout-petits chez qui ils trouvent que « quelque chose cloche dans leurs mouvements », mais qui ne présentent aucuns facteurs de risque périnatals apparents de paralysie cérébrale et qui semblent autrement s’épanouir. La paralysie cérébrale (ou déficit moteur cérébral), qui est le handicap physique le plus fréquent à se déclarer pendant l’enfance, est observée chez un enfant sur 400 au Canada, mais le diagnostic est souvent tardif, même lorsque les indices de risque de paralysie cérébrale sont élevés. L’âge moyen du diagnostic de paralysie cérébrale est de 19 mois au Canada, mais il est beaucoup plus tardif dans certaines régions, ce qui retarde le début d’interventions fondées sur des données probantes comme la thérapie par contrainte induite du mouvement et d’autres thérapies axées sur les objectifs et centrées par l’enfant. Le présent point de pratique fournit des directives aux pédiatres et à d’autres prestataires de soins primaires à l’égard de signes plus subtils de paralysie cérébrale chez les jeunes enfants nés à terme ou peu prématurés, chez qui les retards de diagnostic sont plus fréquents que chez les enfants prématurés, ainsi qu’à l’égard des premières étapes pour s’assurer que ces enfants et leur famille reçoivent le soutien rapide dont ils ont besoin.
Mots-clés : diagnostic précoce; paralysie cérébrale; techniques diagnostiques
La paralysie cérébrale (PC) est une affection neurodéveloppementale permanente à apparition précoce caractérisée par des limitations de mouvement et de posture, lesquelles se manifestent par une spasticité, une dystonie, une choréoathétose, une ataxie ou une combinaison de ces atteintes. En raison de l’hétérogénéité du tableau clinique, les prestataires de soins communautaires peuvent éprouver des difficultés à le diagnostiquer rapidement, car ils peuvent se sentir incertains lorsqu’ils reçoivent un nourrisson ou un tout-petit chez qui ils constatent que « quelque chose cloche dans leurs mouvements ». Le nourrisson peut tarder avant de s’asseoir, sembler spastique ou hypertonique ou favoriser un seul côté. Le parent s’inquiète peut-être d’un profil de reptation étrange ou d’une difficulté persistante du contrôle de la tête. Il n’y a peut-être pas de facteurs de risque périnatals immédiatement apparents dans l’histoire du nourrisson ou de l’enfant, qui, autrement, peut présenter un développement type. Doit-on surveiller le tableau clinique ou agir?
Le présent point de pratique fournit des directives aux prestataires de soins qui travaillent en milieu communautaire à l’égard des signes de PC chez les jeunes enfants nés à terme ou peu prématurés, chez qui les retards diagnostiques sont plus fréquents que chez les enfants prématurés, de même qu’à l’égard des premières mesures à prendre pour s’assurer que ces enfants et leur famille reçoivent le soutien rapide dont ils ont besoin.
La PC, qui est le handicap physique le plus fréquent à se déclarer pendant l’enfance, est observée chez environ un enfant sur 400 au Canada. Malgré sa prévalence, son diagnostic est souvent tardif, même en présence de manifestations diagnostiques pendant la première enfance. La PC est un diagnostic clinique généralement posé avant l’âge de 18 mois. L’âge moyen du diagnostic de paralysie cérébrale est de 19 mois au Canada, mais le processus peut être beaucoup plus long dans certaines régions, ce qui peut retarder les interventions fondées sur des données probantes, telles que la thérapie par contrainte induite du mouvement (TCIM) et d’autres thérapies axées sur les objectifs et centrées par l’enfant. La trajectoire de chaque patient comprend souvent la consultation de multiples thérapeutes et médecins avant qu’il ne reçoive un diagnostic officiel de PC [1]. Selon une étude, de nombreux parents estimaient que le diagnostic de PC de leur enfant avait été posé trop tard [1]. En raison des retards diagnostiques, des fenêtres d’interventions précoces particulières peuvent être omises, des possibilités de thérapie neuroplastique peuvent être ratées [2]-[4] et les parents peuvent éprouver de la confusion. Les prestataires de soins pédiatriques ont un rôle essentiel à jouer pour détecter rapidement les signes de PC et diriger la famille vers une évaluation diagnostique, notamment dans les cas atypiques ou moins évidents, ainsi que pour entreprendre les interventions thérapeutiques nécessaires.
Un diagnostic rapide de PC peut faciliter des interventions précoces et ciblées, améliorer les conseils préventifs et réduire l’anxiété des parents. Des ressources sélectionnées pour contribuer au diagnostic, susciter des interventions ciblées précoces et avoir une communication efficace avec les familles sont proposées à la fin du présent point de pratique. Les avantages d’un diagnostic précoce s’établissent comme suit :
Chez les enfants ayant une PC spastique unilatérale (hémiplégie), la TCIM est un traitement fondé sur des données probantes qui facilite le mouvement de la main et du membre supérieur touchés en restreignant les mouvements du côté dominant ou le plus fort. Plusieurs protocoles sont proposés, qui consistent souvent à mettre un gant ou une mitaine sur le membre dominant pour renforcer l’utilisation du côté touché, favoriser la pratique de tâches précises et appropriées pour l’enfant (p. ex., ramasser des objets, boutonner des vêtements) et adapter graduellement les activités thérapeutiques pour satisfaire les objectifs de l’enfant. La TCIM prévient la non-utilisation apprise du membre touché en cas de PC spastique unilatérale. Les prestataires de soins pédiatriques peuvent modifier considérablement le cours des choses s’ils détectent la PC rapidement et réagissent tout aussi rapidement aux signes précoces.
Les parents sont souvent les premiers à remarquer les premiers signes révélateurs de la PC, et leurs inquiétudes doivent être prises au sérieux. La PC devrait être envisagée lorsque l’enfant présente un retard ou une asymétrie tardive des étapes motrices, même en l’absence de facteurs de risque connus (voir le tableau 1). Les recherches démontrent que la moitié des enfants ayant la PC ont connu une trajectoire périnatale relativement saine [1].
Les signes cliniques précoces [10] s’établissent comme suit :
Pour obtenir une ressource visuelle de ces signes, consulter le document intitulé Détection précoce de la paralysie cérébrale, dans le site Web Incapacités de l’enfant LINK [13].
Une histoire clinique attentive du développement et un examen neurologique doivent suivre la constatation de l’un de ces signes ou symptômes. De même, la présence de facteurs de risque connus de PC (voir le tableau 1) devrait susciter une anamnèse et un examen approfondis.
Tableau 1. Les facteurs de risque médicaux de paralysie cérébrale (rapport de cote >10) |
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Information tirée de la référence 12
EHI encéphalopathie hypoxo-ischémique; SNC système nerveux central; PC paralysie cérébrale
La PC est un diagnostic clinique. Les trois éléments suivants doivent être observés :
L’imagerie par résonance magnétique est importante pour analyser l’étiologie, mais n’est pas obligatoire pour confirmer un diagnostic. Chez les enfants ayant une PC hémiplégique, les causes possibles sont un accident vasculaire cérébral ou une malformation cérébrale, et dans les cas de la PC bilatérale spastique, courante chez les enfants prématurés, une lésion périventriculaire de la substance blanche peut être en cause. Dans les deux cas, il ne faut pas attendre les résultats de l’imagerie avant d’orienter l’enfant vers des interventions ciblées. L’imagerie par résonance magnétique peut déterminer l’étiologie de la PC dans environ 85 % des cas. Les enfants peu prématurés ou à terme ont moins de lésions de la substance blanche et peuvent être plus susceptibles de présenter des étiologies génétiques, particulièrement en l’absence de facteurs de risque, ce qui réduit légèrement l’apport diagnostique de l’imagerie par résonance magnétique au sein de cette population [14].
1. Histoire
2. Examen neurologique
Des signes d’hypotonie généralisée ou l’absence de réflexes peuvent évoquer une maladie neuromusculaire et justifier des examens plus approfondis.
3. Activité fonctionnelle : Observer si l’enfant peut exécuter les tâches de motricité globale appropriées pour son âge (p. ex., s’asseoir, ramper, marcher). Observez-vous des retards ou des asymétries? Utiliser l’âge corrigé chez les nourrissons prématurés.
L’examen neurologique HINE (Hammersmith Infant Neurological Examination ou examen neurologique du nourrisson de Hammersmith) [15] est un outil validé pour évaluer les enfants âgés de deux à 24 mois. Cet examen standardisé évalue les nerfs crâniens, la posture, les mouvements, le tonus, les réflexes et les étapes du développement [16][17]. D’une durée de dix à 15 minutes, il peut :
Le matériel de formation pour établir le score et interpréter les résultats de cet examen [18], de même que les feuilles de notation, se trouve sur le site Web du Holland Bloorview Kids Rehabilitation Hospital, en anglais.
Il faut adopter une approche structurée du diagnostic clinique de PC lorsque les signes sont présents et que le tableau clinique de l’enfant inclut les critères précédents.
L’annonce d’un diagnostic de PC peut être décourageante, à la fois pour les cliniciens et pour les parents. Pour s’y préparer, il est bon d’utiliser des outils comme le protocole SPIKES [19], qui appuient la compassion et l’espoir lors de l’annonce du diagnostic de handicap. Le cadre et la liste SPIKES appuient l’annonce du diagnostic dans un contexte approprié, la compréhension des perceptions des familles, la demande d’autorisation pour transférer l’information médicale, la transmission d’information claire, l’empathie et le résumé de toute l’information [16][19]. Il est également important d’aborder la question de l’ostracisme et des perceptions culturelles, car des conseils préventifs précoces sur les facteurs de stress favorisent une orientation plus rapide des familles vers des mesures de soutien culturel dans la langue souhaitée [20]. Lors des premières consultations sur la PC, les parents ont besoin d’espoir, d’information claire sur les outils diagnostiques utilisés et d’échanges sur le pronostic [20][21]. Malgré une certaine incertitude pronostique qui persiste toujours, l’utilisation d’outils adaptés aux familles, tels que le système de classification de la fonction motrice globale (GMFCS) [22], qui fait ressortir les forces tout autant que les difficultés, et l’intégration des six mots préférés pour le développement de l’enfant [23] — capacités, famille, forme, amis, plaisir, avenir — peuvent contribuer à présenter le diagnostic sous un angle encourageant et fondé sur des données probantes [24].
En général, la PC est un diagnostic clinique, mais des examens supplémentaires (y compris la neuro-imagerie, les examens génétiques ou l’orientation vers des spécialistes) doivent être fortement envisagés dans les situations suivantes :
L’imagerie par résonance magnétique est fortement recommandée dans ces situations afin d’éclairer l’étiologie, de soutenir la planification des soins et de contribuer à écarter d’autres diagnostics. Parallèlement, des tests génétiques, à commencer par un microdosage chromosomique suivi d’une orientation en génétique médicale, doivent également être envisagés. Chez ces enfants, l’approche des tests génomiques est semblable à celle utilisée pour les enfants ayant un retard global du développement ou un trouble du développement intellectuel [25]. La détection d’une affection génomique unificatrice peut également fournir de l’information complémentaire aux familles.
En présence d’hypotonie ou de faiblesse, il convient d’envisager sérieusement d’entreprendre des examens au plus tôt pour dépister des affections neuromusculaires traitables comme l’amyotrophie spinale et la dystrophie musculaire de Duchenne.
Le comité de la pédiatrie communautaire de la Société canadienne de pédiatrie a révisé le présent point de pratique.
Membres : Scott McLeod MD (président), Amy Ornstein MD (représentante du conseil), Megan Thomas MBCHB, Ripudaman Minhas MD, Lester Liao MD, Ghita Wiebe MD, Man Ying Bernice Ho B. Sc. (membre résidente)
Représentants : Olivia MacLeod MD (Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent), Angela Orsino MD (section de la pédiatrie du développement de la SCP), Leigh Wincott MD (section de la santé mentale de la SCP)
Membres : Iskra Peltekova MD (présidente), Angie Ip MD (vice-présidente), Gurpreet (Preety) Salh MD (présidente sortante), Jessica Lynch MD (secrétaire-trésorière), Elizabeth Young MD (membre), Susan Bobbitt MD (membre), Selamenesh Tsige Legas MD (membre)
Représentants : Alanna Jane B. Sc. (santé) (résidente), Asha Nair MD (planification des congrès), Angela Orsino MD (comité de la santé mentale et des troubles du développement de la SCP)
Auteurs principaux : Ram Mishaal MD, Mor Cohen-Eilig MD, Vivian Wong M. Sc., Scott McLeod MD
Aucun financement n’a été accordé pour la préparation du présent manuscrit.
Le docteur Scott McLeod a déclaré recevoir des honoraires parce qu’il siège au conseil consultatif d’Ipsen Biopharmaceuticals. Les autres auteurs n’ont aucuns conflits d’intérêts à déclarer. Ils ont tous remis le formulaire de divulgation des conflits d’intérêts potentiels de l’International Committee of Medical Journal Editors.
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.