Affiché le 13 février 2026 par la Société canadienne de pédiatrie | Permalink
Catégorie(s) : Exercice de la pédiatrie, Défense d’intérêts, Santé mentale, Antiracisme, Maladies chroniques et complexes
par Damilola Mabadeje, Carwana Lab, Université de la Colombie-Britannique
Damilola Mabadeje était chercheuse responsable des jeunes et chercheuse principale dans le cadre d’un projet sur les soins tenant compte des traumatismes. Dans le présent article, elle expose son point de vue sur son travail d’étudiante au baccalauréat au sein de ce projet. Elle parle de ce qu’elle a appris et des effets de cette expérience sur sa compréhension des soins tenant compte des traumatismes et sur l’importance de la consultation communautaire.
Pour en savoir plus, lisez le rapport publié conjointement avec le B.C. Children’s Hospital Research Institute et Compass Lab (Unity Health Toronto).
Quand je me suis engagée dans un projet sur les soins tenant compte des traumatismes, je pensais me familiariser avec des politiques, des cadres et des pratiques exemplaires. Et c’est arrivé. Mais je ne pensais pas que l’expérience changerait profondément ma façon de comprendre les soins eux-mêmes, notamment le rôle de l’écoute, de l’humilité et du partenariat dans les interactions avec les jeunes.
Dans mon rôle d’étudiante au baccalauréat qui travaillait avec des jeunes, des prestataires de soins et des chercheuses et chercheurs, j’ai été invitée à participer à un processus passionnant qui ne se limitait pas à parler avec les jeunes, mais à créer un lieu où ils pourraient s’exprimer. L’équipe s’est inspirée du principe Rien sur nous sans nous, qui a orienté son intention à chaque étape du projet. Ma qualité d’étudiante chercheuse me plaçait à un confluent unique : je découvrais les soins tenant compte des traumatismes sur le plan scientifique tout en participant à la conception et à l’animation des consultations reposant sur les expériences vécues de nombreux jeunes retenus pour leur diversité. Mes fonctions dans l’élaboration du guide de consultation, la direction du comité consultatif des jeunes et le soutien des séances de participation des jeunes ont vite cessé d’être axées sur la « collecte de données » pour viser à apprendre à bien poser les questions et à adopter une écoute sécuritaire, respectueuse et qui tient compte des traumatismes.
L’étroite collaboration avec le comité consultatif des jeunes a modifié ma compréhension du leadership de manière fondamentale et profonde. J’ai appris que le leadership est moins une question d’autorité que de création des conditions pour se sentir en sécurité, entendu et maître de son destin. Au fil du temps, j’ai observé les jeunes devenir de plus en plus ouverts et réfléchis. Alors que les jeunes orientaient les échanges, éclairaient les décisions clés et racontaient leurs expériences avec une confiance croissante, il est devenu évident que le comité consultatif des jeunes dirigeait ce projet du début à la fin (l’apparition graduelle des caméras est arrivée en prime). J’ai appris qu’un leadership centré sur les jeunes provient directement des jeunes.
Pendant les séances de participation nationale, les jeunes ont décrit les rencontres de soins qui sapent la sécurité et la confiance : des explications transmises trop vite pour être comprises, des stratégies d’adaptation accueillies avec réprobation ou, lorsqu’ils étaient accompagnés d’un parent, l’observation de décisions sur leur santé prises autour d’eux plutôt qu’avec eux. En revanche, ils ont parlé de ce qui leur donnait l’impression de recevoir des soins sécuritaires : des prestataires de soins qui se nommaient, demandaient l’autorisation avant de parler de sujets délicats et comprenaient que les milieux de soins pouvaient sembler accablants. Ce qui m’a le plus frappée, c’est que, malgré leurs régions d’origine et leurs expériences variées, les jeunes ont exprimé des besoins similaires. Ils ne transmettaient pas des idéaux abstraits, mais des expériences réelles et communes : se sentir bousculés, non écoutés ou vulnérables en milieu clinique. La répétition de ces profils lors des diverses consultations m’a démontré qu’un processus de consultation significatif ne provient pas vraiment de la collecte d’histoires individuelles, mais plutôt de la création d’un lieu propice à l’émergence de vérités communes et collectives. Puisque les jeunes ont contribué à déterminer comment les questions seraient posées et les échanges seraient animés, ces thèmes ont affleuré de manière organique plutôt que d’être lourdement sollicités.
Puisque j’en suis au début de ma carrière scientifique, cette expérience a été profondément formative. Dans le milieu de la recherche et de la pratique clinique, il peut être tentant de penser que les bonnes réponses font foi des compétences. Mon travail au sein de ce projet m’a appris que la participation communautaire commence souvent par quelque chose de beaucoup plus simple : créer des conditions dans lesquelles les participants se sentent à l’aise de confier leurs « réponses » personnelles.
Une consultation bien faite ne vise pas à extraire l’information, mais à créer un climat de confiance, à redistribuer le pouvoir et à reconnaître que les expériences vécues constituent une forme d’expertise élevée. Plusieurs jeunes ont affirmé qu’on ne leur avait jamais demandé leurs points de vue sur les soins qui leur sont prodigués. D’autres ont indiqué avoir déjà été consultés, mais n’avoir jamais observé les commentaires être reflétés dans la documentation ou les politiques définitives. La conception conjointe ne désigne pas une rencontre de rétroaction ponctuelle, mais devrait se traduire par un engagement continu à écouter, à s’adapter et à assumer la responsabilité de transformer ce qui est entendu en changements tangibles. Grâce à la conception conjointe, l’engagement devient relationnel plutôt que transactionnel. Les jeunes vivent ce type d’engagement non seulement par l’entremise des questions qui leur sont posées, mais également par le type de présence des prestataires de soins : le ton de leur voix, leur langage corporel et leur volonté à ralentir. Ils sont pleinement conscients des dynamiques de pouvoir et évoluent souvent dans de multiples systèmes qui ne leur ont pas toujours semblé sécuritaires ni réceptifs. Les jeunes ne s’attendent pas à la perfection de la part de leurs prestataires de soins, mais veulent être traités comme des collaborateurs à leurs propres soins. Par-dessus tous, les jeunes sont des experts de leur propre vie. Les systèmes de santé qui tirent des apprentissages auprès d’eux plutôt qu’à leur sujet se rapprochent de soins dont l’efficacité est non seulement démontrée, mais qui sont véritablement sécuritaires et axés sur les jeunes.
Au bout du compte, ce travail m’a rappelé que l’écoute n’est pas passive. C’est une pratique active, compétente et éthique. Lorsqu’on donne aux jeunes l’espace nécessaire pour se faire entendre, ils donnent des points de vue qui peuvent améliorer fondamentalement les soins qu’on leur prodigue. Je suis profondément reconnaissante d’avoir découvert aussi tôt dans mon parcours scientifique et professionnel à quoi un partenariat fécond peut ressembler.
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Mise à jour : le 13 février 2026