Affiché le 26 janvier 2026 par la Société canadienne de pédiatrie | Permalink
Catégorie(s) : Paediatrics and Child Health, Publications scientifiques
L’arbitrage (plus tard rebaptisé « révision par un comité de lecture ») a d’abord été un simple outil pour aider les rédacteurs en chef des revues scientifiques à sélectionner leurs articles. Au fil des ans, le principe a évolué pour inclure les compétences dans le domaine à l’étude, puis est progressivement devenu le système rigoureux de contrôle de la qualité adopté par les multiples publications scientifiques d’aujourd’hui. En 2022, on recensait annuellement la publication de plus de 5,14 millions d’articles scientifiques.1 Ce blogue remonte dans le temps pour éclairer le cheminement de la révision par un comité de lecture jusqu’à ce qu’elle devienne un processus incontournable des publications scientifiques. Il aborde également les mesures qui continuent de façonner ce type de révision pour répondre aux besoins de la recherche et des publications scientifiques contemporaines.
Selon un article de 1971, la révision par un comité de lecture est apparue il y a près de 360 ans, lors du lancement de la première revue scientifique connue.2 Henry Oldenburg, rédacteur en chef de Philosophical Transactions of the Royal Society, aurait engagé le processus de consultation d’experts afin d’obtenir des avis sur les articles soumis. Cette théorie est toutefois très controversée. Selon des recherches plus récentes, la révision par un comité de lecture à laquelle recourent systématiquement la plupart des revues scientifiques actuelles n’aurait pas émergé avant la fin du XXe siècle.3,4
Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, les rédacteurs en chef des revues que publiaient des sociétés comme l’Académie des sciences et The Royal Society of Edinburgh envoyaient leurs manuscrits à des experts spécialistes du domaine pour déterminer lesquels publier.5–7 The Royal Society of London a adopté cette méthode en 1752, puis l’a modifiée en formant un « comité des articles » chargé d’inviter des spécialistes externes à examiner les manuscrits soumis.2,3,7 Cette méthode visait à aider les rédacteurs en chef à les sélectionner, même si la décision d’accepter ou de rejeter les manuscrits était largement influencée par des préférences personnelles.2,8 Pendant des siècles, les sociétés savantes qui publiaient des revues scientifiques étaient constituées en organismes à but non lucratif qui s’attachaient à diffuser les dernières découvertes et les nouvelles théories.5,9 Elles organisaient la publication de leur revue à l’interne et ne possédaient pas les ressources nécessaires pour garantir l’exactitude ou la véracité du contenu.5,7,10 Certains historiens qualifient cette période de « préhistoire » de la révision par un comité de lecture.3–5,11
En 1831, l’érudit anglais William Whewell a suggéré de faire réviser les articles soumis à la revue Philosophical Transactions par deux associés de The Royal Society, qui fourniraient chacun une évaluation écrite.11–14 Il souhaitait que ces évaluations soient publiées dans la nouvelle revue de la Société, Proceeding of the Royal Society of London, afin de favoriser le foisonnement des soumissions et de promouvoir une plus vaste diffusion des connaissances.12,14,15 Bien que ce plan n’ait pas obtenu un succès immédiat en raison des conflits entre les évaluations des associés (un problème observé encore aujourd’hui), on lui doit d’avoir créé la première forme moderne de révision par un comité de lecture.12,14,15
Pendant les années 1840 et 1850, les arbitres jouaient surtout un rôle consultatif : ils aidaient les rédacteurs en chef à choisir les articles et empêchaient souvent la publication de tout ce qui risquait de nuire à la réputation des sociétés savantes.5,15 Toutefois, à mesure que certaines revues scientifiques ont pris de l’expansion, les préoccupations sur la qualité des recherches publiées se sont amplifiées.5
À la fin du XIXe siècle, Ernest Hart, rédacteur en chef du British Medical Journal (BMJ), a intégré un processus de révision par un comité de lecture à sa revue, afin de garantir la publication d’articles de qualité contenant un minimum d’erreurs. Cette évolution a marqué une étape importante vers le processus moderne de révision par un comité de lecture, mais elle l’a fait lentement et de manière désordonnée16, et si elle a surtout été suivie au Royaume-Uni et en Amérique du Nord, seul un petit cercle d’éminents scientifiques s’y est conformé.5,6,8,11,17 Hors de ces pays, ce processus de révision était si inhabituel qu’à la réception d’un tel rapport de la part de Physical Reviews en 1936, Einstein a retiré son manuscrit et n’en a plus jamais présenté à cette revue.5,18
L’une des raisons pour lesquelles la révision par un comité de lecture est devenue si courante, c’est la complexité et la spécialisation croissantes dans des domaines de recherche exigeant les connaissances de spécialistes.19 De plus, après la Deuxième Guerre mondiale, le financement de la recherche a considérablement augmenté aux États-Unis, ce qui a engendré une expansion rapide de la recherche scientifique et médicale.19–21 La recherche universitaire était surtout financée par des donateurs, des fonds internes et des fondations privées22, et le processus de révision des manuscrits demeurait informel. Alors même que les National Institutes of Health se déployaient, l’examen des demandes de subvention manquait de transparence, n’était pas assorti de commentaires aux auteurs et reposait lourdement sur la réputation des scientifiques.6,23 La National Science Foundation (NSF) a été créée en 1975 pour apporter plus d’intégrité au processus de révision par des pairs, et parallèlement, le terme « révision par un comité de lecture » a remplacé « arbitrage » dans les revues universitaires.5,6 La hausse du nombre d’articles que recevaient les revues en raison du financement accru a pris une telle ampleur que les rédacteurs en chef n’étaient plus en mesure de gérer les manuscrits eux-mêmes.5 Par exemple, au départ, Alexander Gutman, rédacteur en chef de l’American Journal of Medicine (fondé en 1946), gérait lui-même le processus de publication et répondait rapidement aux auteurs. Dans les années 1960, le volume croissant de soumissions l’a toutefois forcé à confier les articles à un arbitrage externe.5
Après que les revues scientifiques ont adopté et structuré la pratique de la révision par un comité de lecture, les scientifiques américains se sont mis à trouver louches et peu fiables les revues dénuées d’un tel processus.5 Même si ce type de révision est demeurée facultatif à l’extérieur des États-Unis, l’influence des organismes subventionnaires, des chercheurs et des universités de ce pays en a entraîné la propagation mondiale, dans toutes les disciplines.5 Dans les années 1970, des revues majeures comme Nature, The New England Journal of Medicine et The Lancet ont souscrit à cette pratique, marqué un virage plus profond dans le domaine de la publication scientifique et placé la révision par un comité de lecture au cœur des publications scientifiques.13,24
La standardisation de la révision par un comité de lecture s’est amorcée après les années 1970, pour prendre graduellement la forme actuelle : le rédacteur en chef vérifie si le manuscrit correspond au champ d’application de la revue, et si c’est le cas, celui-ci est envoyé au comité de lecture. Ses membres remettent leurs commentaires, y compris leur recommandation définitive. Le processus permet aux rédacteurs en chef de prendre des décisions éclairées au sujet des manuscrits tout en favorisant le contrôle de la qualité. Avec la progression de la technologie, la révision par un comité de lecture est passée d’un processus papier à un mécanisme presque entièrement numérique.8
À la fin du XXe siècle, d’autres changements importants aux publications scientifiques ont eu une incidence sur le processus de révision par un comité de lecture :
À l’instar de BMJ, de nombreuses revues ont adopté des pratiques de libre accès similaires qui ont suscité de multiples interprétations de la « révision par un comité de lecture ouvert ». C’est devenu un terme parapluie qui englobe divers modèles, dans l’objectif d’« ouvrir la science ».35 Au début des années 2000, le libre accès a pris une rapide expansion. BioMed Central (BMC) est le premier rédacteur en chef commercial en libre accès à avoir été lancé, en 2000, suivi de la Budapest Open Access Initiative en 2002. L’énoncé de Bethesda et la déclaration de Berlin en ont ensuite officiellement établi les principes en 2003. PLOS a fait progresser le libre accès encore davantage en 2003 avec le lancement de PLOS Biology, qui a mis de l’avant l’évaluation des manuscrits d’après la qualité de la recherche plutôt que d’après l’importance perçue du sujet. Depuis sa création, on estime que 28 % des publications scientifiques (19 millions d’articles) sont en libre accès, un nombre qui continue de croître avec la montée des modèles Gold et hybride.36
Les échanges sur les divers modèles de révision par un comité de lecture sont axés sur la transparence et l’anonymat des réviseurs, mais soulèvent la question de la reconnaissance des réviseurs. En 2012, Publons a été fondée (puis acquise par Clarivate en 2022) pour mettre sur pied une plateforme qui reconnaîtrait officiellement l’apport des membres des comités de lecture aux publications scientifiques. En 2015, ORCID a entrepris d’intégrer la révision par un comité de lecture pour que les universités, les organisations, les éditeurs, etc., puissent l’ajouter au profil des chercheuses et chercheurs. En 2016, Publons a créé le « prix Publons de révision par un comité de lecture », qui salue les meilleurs membres des comités de lecture et les meilleurs éditeurs de revues sur la scène mondiale. En 2014, pratiquement tous les éditeurs mondiaux soulignaient la collaboration des membres des comités de lecture par des certificats, des prix et des campagnes de remerciements.
Malgré sa croissance et son évolution depuis plus de trois siècles, la révision par un comité de lecture continue de se heurter à des difficultés, y compris les suivantes :
Le prochain blogue portera sur les difficultés actuelles de la révision par un comité de lecture et sur l’incidence possible des progrès de l’intelligence artificielle sur son avenir.
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Mise à jour : le 26 janvier 2026