Point de pratique
Affichage : le 1 avril 2019
Shalini Desai, Noni MacDonald; Société canadienne de pédiatrie, Comité des maladies infectieuses et d’immunisation
Paediatr Child Health 2019 24(2):131. (Résumé)
Le présent point de pratique fournit aux professionnels de la santé de première ligne un aperçu des maladies évitables par la vaccination qui, grâce au succès des programmes d’immunisation au Canada, sont devenues rares ou peu fréquentes. Les enfants et les adolescents du Canada et d’ailleurs peuvent encore contracter ces infections, dont le dépistage clinique a des conséquences importantes pour la santé publique. Afin d’offrir des soins préventifs, il est essentiel de connaître les signes et symptômes de ces maladies, de vacciner les voyageurs et les nouveaux arrivants au Canada, de connaître les éclosions dans la communauté et ailleurs et de consulter rapidement un expert en infectiologie et les services de santé publique pour les cas présumés.
Mots-clés : Paediatrics; Testing; Vaccine-preventable diseases (VPD)
Les programmes de vaccination jouent un rôle capital dans la réduction du taux de certaines maladies depuis quelques décennies, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde [1]. Grâce à leur succès, la plupart des médecins en exercice au Canada n’ont jamais vu un cas de maladie évitable par la vaccination (MÉV) comme la poliomyélite (polio), la rougeole, le syndrome de rubéole congénitale (SRC), la diphtérie, le tétanos ou les oreillons. Le présent aperçu vise à alerter et à informer les praticiens de première ligne afin qu’ils sachent quand inclure ces maladies dans leur diagnostic différentiel.
Lorsqu’on pose des questions à la famille sur l’histoire d’exposition potentielle (p. ex., voyage dans une région endémique), on peut obtenir des indices importants sur le risque de la maladie. D’autres signes peuvent également alerter le praticien :
Il est recommandé de consulter un expert en infectiologie ou en santé publique pour déterminer s’il est indiqué d’effectuer des tests et de prendre des précautions d’isolement. Les services locaux de santé publique doivent être informés de toutes les MÉV décrites dans le présent document, car elles sont à déclaration obligatoire partout au pays [2].
La poliomyélite : La plupart des cas de polio sont asymptomatiques ou prennent la forme d’une courte maladie autorésolutive. On observe une paralysie dans une faible proportion des cas (environ 1 %). La poliomyélite paralytique se caractérise par une apparition aiguë de paralysie flasque asymétrique, qui peut être précédée de douleurs dans le membre atteint. Des maux de gorge, de la fièvre et parfois (moins fréquemment), une raideur cervicale se manifestent souvent avant l’apparition de la paralysie (détails à l’adresse www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/poliomyelite-polio/professionels.html). En juin 2018, seulement deux pays (l’Afghanistan et le Pakistan) ont déclaré une transmission endémique du poliovirus [3], mais certains pays continuent d’utiliser le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) sans avoir administré le vaccin antipoliomyélitique inactivé auparavant (VPI). Le VPO est une rare cause de poliomyélite causée par un poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale qui peut infecter les vaccinés et leurs contacts parce que le virus est libéré dans les selles et transmis par voie féco-orale. L’Organisation mondiale de la Santé recommande que tous les enfants reçoivent au moins une dose du VPI pour réduire davantage le risque d’infection par un poliovirus circulant dérivé d’une souche vaccinale [4].
Il est important d’établir si un patient qui consulte à cause d’une paralysie flasque aiguë ou d’une présomption de syndrome de Guillain-Barré ou si l’un de ses contacts proches a voyagé et a été exposé au VPO. Même en l’absence d’une telle situation, il faut faire faire des cultures de selles pour déceler le poliovirus. Le formulaire standardisé de détection et de caractérisation moléculaire figure à l’adresse suivante : https://rcrsp.canada.ca/gts/tests-diagnostisques-de-reference/10039?labId=1012. La santé publique ou le laboratoire de l’hôpital pour enfants le plus près peut faciliter le prélèvement de selle et son expédition. Un seul cas de polio est une « urgence de santé publique de portée internationale » et doit donc être signalé le plus vite possible aux services de santé publique [5].
La rougeole : La rougeole continue d’être importée assez régulièrement au Canada, en général par des personnes partiellement vaccinées qui font des voyages internationaux [6]. La rougeole se caractérise par de la toux, un coryza et une conjonctivite qui sont suivis d’une éruption maculopapulaire descendante quelques jours plus tard. Les personnes atteintes de la rougeole présentent souvent un signe de Köplik, c’est-à-dire des taches d’un blanc bleuté sur fond érythémateux qui touche la muqueuse buccale. On observe encore des complications de la rougeole, comme l’otite moyenne, la pneumonie, l’encéphalite ou le décès. Le site suivant contient plus d’information sur cette infection : www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/rougeole.html.
Le syndrome de rubéole congénitale (SRC) : Certains pays à faible et moyen revenu n’administrent pas le vaccin contre la rubéole [7]. Une situation à haut risque de SRC se produit au Canada lorsqu’une femme enceinte non vaccinée rend visite à des amis ou des membres de sa parenté à l’extérieur du pays, dans une région où la rubéole demeure endémique. Elle risque d’être atteinte d’une maladie virale bénigne qui passera inaperçue, mais s’il est exposé au virus avant 20 semaines de grossesse, le fœtus peut mourir ou développer des séquelles permanentes comme une cardiopathie congénitale, des cataractes ou une déficience auditive. Des renseignements plus détaillés sont proposés dans le site www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/rubeole/renseignements-rubeole-pour-professionnels-sante.html. Il faut exclure le SRC dans tous les cas de cataractes congénitales inexpliquées. Les manifestations plus tardives du SRC peuvent inclure un retard de développement. Si elles ne sont pas enceintes, les femmes immigrantes et réfugiées en âge de procréer devraient recevoir une dose du vaccin RRO (contre la rougeole, la rubéole et les oreillons) le plus tôt possible après leur arrivée au Canada, à moins de détenir une preuve d’immunisation contre la rubéole [8]. Il n’est pas recommandé de tester l’immunité de cette population avant l’administration du vaccin RRO.
La diphtérie : En général, cette maladie se manifeste par un mal de gorge, une faiblesse, de la fièvre et un œdème cervical rapidement évolutif. Le site www.canada.ca/fr/sante-publique/services/immunisation/maladies-pouvant-etre-prevenues-vaccination/diphterie/professionels.html contient plus d’information sur le sujet. Au bout de quelques jours, une « pseudomembrane » épaisse se forme dans la gorge ou le nez et peut provoquer une grave insuffisance respiratoire. Des saignements se produisent lorsqu’on déloge cette membrane. La toxine diphtérique peut également se disséminer dans l’organisme et endommager les reins, le système nerveux central et le cœur. L’infection peut être fatale malgré un traitement rapide, ce qui fait ressortir le rôle essentiel de la vaccination préventive.
Le tétanos : Cette MÉV est particulièrement inquiétante chez les enfants sous-vaccinés du Canada parce cette infection n’a rien à voir avec les voyages et que l’immunité collective ne contribue pas à s’en prémunir. L’exposition classique se produit lorsqu’une coupure ou une plaie punctiforme est contaminée par de la saleté ou des excréments, mais il n’y a parfois aucune histoire de blessures. La rigidité et les spasmes musculaires, similaires à ceux de la rage, font partie des symptômes aigus. Des détails sont fournis dans le site www.canada.ca/fr/sante-publique/services/immunisation/maladies-pouvant-etre-prevenues-vaccination/tetanos/professionels.html. L’infection peut être fatale malgré des soins intensifs, ce qui fait ressortir le rôle essentiel de la vaccination préventive.
Les oreillons : La présentation clinique des oreillons inclut souvent des symptômes prodromiques non spécifiques, tels que des céphalées, des myalgies et une faible fièvre. Le site www.canada.ca/fr/sante-publique/services/immunisation/maladies-pouvant-etre-prevenues-vaccination/oreillons/professionels.html contient plus d’information à ce sujet. La parotidite unilatérale ou bilatérale est la présentation classique. Les complications sont rares, mais incluent une orchite, une mastite, une ovarite, une pancréatite, une méningite et une encéphalite. Contrairement aux autres MÉV décrites dans le présent document, l’échec vaccinal est fréquent. Il faut donc envisager un test de dépistage dans tous les cas de parotidite, à moins que l’origine bactérienne de l’infection soit confirmée.
Tableau 1. Maladies évitables par la vaccination qui sont peu fréquentes au Canada | ||||
Infection | Caractéristiques cliniques | Tests | Guide de consultation, directives, références | Lien vers des photos |
Poliomyélite | Paralysie flasque aiguë, pas de changements de cognition ni des perceptions sensorielles | Culture de selles, écouvillon de gorge | Faits saillants du PCSP (en anglais) : www.cpsp.cps.ca/uploads/publications/Highlights-acute-flaccid-paralysis-surveillance.pdf | www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/poliomyelite-polio/professionels.html |
Rougeole | Toux, coryza et conjonctivite, éruption macopapulaire descendante, forte fièvre, signe de Köplik | Sérologie, écouvillon nasopharyngé et prélèvement d’urine |
Relevé des maladies transmissibles au Canada www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/13vol39/acs-dcc-3/assets/pdf/meas-roug-fra.pdf |
www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/rougeole.html |
Syndrome de rubéole congénitale | Cataractes, surdité, cardiopathie, éruptions, microcéphalie | Sérologie, écouvillon de la gorge, écouvillon nasopharyngé et prélèvement d’urine |
Directives cliniques de la SOGC www.jogc.com/article/S1701-2163(18)30823-5/abstract Red Book de l’American Academy of Pediatrics |
www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/rubeole/renseignements-rubeole-pour-professionnels-sante.html |
Diphtérie | Apparition insidieuse d’une pharyngite, œdème cervical à évolution rapide avec lymphadénite (« cou de taureau »), membrane grisâtre dans la gorge | Diagnostic clinique |
Guide canadien d’immunisation, partie 4, Vaccins actifs |
www.canada.ca/fr/sante-publique/services/immunisation/maladies-pouvant-etre-prevenues-vaccination/diphterie/professionels.html |
Tétanos | Rigidité et spasmes musculaires, coupure ou traumatisme à l’éventuel point de contamination par les spores | Diagnostic clinique |
Guide canadien d’immunisation, partie 4, Vaccins actifs |
www.canada.ca/fr/sante-publique/services/immunisation/maladies-pouvant-etre-prevenues-vaccination/tetanos/professionels.html |
Oreillons | Prodrome non spécifique, y compris des myalgies, une faible fièvre, des céphalées, une anorexie, un œdème unilatéral ou bilatéral des glandes parotides | Urine, sérologie, écouvillon nasopharyngé |
Lignes directrices sur les oreillons au Canada |
www.canada.ca/fr/sante-publique/services/immunisation/maladies-pouvant-etre-prevenues-vaccination/oreillons/professionels.html |
Compte tenu des efforts de vaccination nationaux et internationaux continus, la polio pourrait bientôt être éradiquée. Des cibles sont fixées pour éradiquer la rougeole et la rubéole congénitale et pourraient également l’être pour la diphtérie et les oreillons. Toutefois, puisque la toxine du tétanos est composée de spores bactériennes qui persistent dans l’environnement naturel, il faudra toujours maintenir la vaccination pour prévenir cette maladie.
Les points de pratique essentiels pour dépister les symptômes et contrôler les MÉV peu fréquentes s’établissent comme suit :
Moore DL, éd. Les vaccins : Avoir la piqûre pour la vaccination de votre enfant, 4e édition, Ottawa, Ont.: Société canadienne de pédiatrie, 2015.
Le comité de la pédiatrie communautaire de la Société canadienne de pédiatrie a révisé le présent point de pratique.
COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION DE LA SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE
Membres : Michelle Barton-Forbes MD; Natalie A. Bridger MD; Shalini Desai MD; Michael Forrester MD; Ruth Grimes MD (représentante du conseil); Charles Hui MD (membre sortant); Nicole Le Saux MD (présidente); Marina I Salvadori MD (membre sortante); Otto G. Vanderkooi MD
Représentants : Upton D. Allen MBBS, Groupe canadien de recherche pédiatrique et périnatale sur le VIH/sida chez les enfants; Tobey Audcent MD, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages, Agence de la santé publique du Canada; Carrie Byington MD, comité des maladies infectieuses, American Academy of Pediatrics; Fahamia Koudra MD, Le Collège des médecins de famille du Canada; Rhonda Kropp B. Sc. inf. MHP, Agence de la santé publique du Canada; Marc Lebel MD, Programme canadien de surveillance active de l’immunisation (IMPACT); Jane McDonald MD, Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada; Dorothy L. Moore MD, Comité consultatif national de l’immunisation
Conseillère : Noni E. MacDonald MD
Auteures principales : Shalini Desai MD, Noni E. MacDonald MD
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.
Mise à jour : le 7 février 2024