Point de pratique
Affichage : le 6 juillet 2026
Nassr Nama MD M. Sc., Kara Picco B. Sc. (spéc.) MD, Olivia Ostrow MD, Joel S. Tieder MD MSP, Peter J. Gill MD M. Sc. Ph. D; Société canadienne de pédiatrie, Comité directeur de la section de la pédiatrie hospitalière
En 2016, l’American Academy of Pediatrics a donné aux brefs incidents résolus inexpliqués (ou BRUE, d’après l’acronyme de brief resolved unexplained events) la définition d’épisodes brefs, soudains et autorésolutifs chez des nourrissons de moins d’un an, caractérisés par un changement de coloration, de respiration, de tonus musculaire ou de réactivité, qui demeurent inexpliqués après une évaluation clinique ciblée. Cette appellation remplace un terme plus général et moins spécifique, le malaise grave du nourrisson (ou ALTE, pour apparent life-threatening events). Les directives cliniques de l’American Academy of Pediatrics contiennent des recommandations fondées sur le risque qui s’inspirent d’anciennes publications scientifiques sur les malaises graves du nourrisson. Depuis, une définition plus précise des brefs incidents résolus inexpliqués a permis de mieux en comprendre les pronostics et la prise en charge. Dans le cadre du présent point de pratique, les publications sur le sujet parues entre 2016 et 2025 ont fait l’objet d’une analyse systématique, et les données probantes tirées des 24 études admissibles ont été résumées pour produire les points de pratique exemplaires qui y sont décrits. Les diagnostics graves sont rares, le taux de mortalité est comparable à celui de la population générale et la plupart des nourrissons qui semblent être dans un bon état général peuvent être pris en charge en toute sécurité sans être hospitalisés. Le présent point de pratique souligne l’importance d’une anamnèse et d’un examen physique consciencieux pour exclure les autres diagnostics et recommande d’éviter les tests systématiques à moins d’une indication clinique, puisqu’un trop grand nombre de tests peut mener à des résultats faussement positifs et à des interventions inutiles.
Mots-clés : brefs incidents résolus inexpliqués (BRUE); gestion des ressources; nourrissons
Point de pratique exemplaire no 1 : Écarter les autres causes possibles de l’incident au moyen d’une anamnèse et d’un examen physique approfondis avant de le qualifier de bref incident résolu inexpliqué (BRUE).
Le BRUE, qui est un diagnostic d’exclusion chez les nourrissons de moins d’un an, repose sur les critères exposés au tableau 1 et à la figure 1[1]. Une anamnèse et un examen physique ciblés demeurent les outils les plus efficaces pour écarter les autres diagnostics possibles (voir la figure 2). Les cliniciens devraient obtenir des comptes rendus détaillés auprès des témoins et examiner les éléments déclencheurs, les pratiques d’alimentation, la croissance, le développement et les facteurs de risque, notamment les troubles neurologiques, l’apnée et la maltraitance[2][3].
Tableau 1. Les critères diagnostiques des brefs incidents résolus inexpliqués chez les nourrissons de moins d’un an
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Élément |
Définition |
Exclusions |
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Bref |
Incident de moins d’une minute |
Incidents prolongés ou récurrents ou un seul incident qui exige une réanimation par un prestataire de soins |
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Résolu |
Retour à des signes vitaux et à un examen physique normaux au moment de l’évaluation médicale |
Observations anormales persistantes à l’examen (p. ex., léthargie, détresse respiratoire, tonus anormal) |
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Inexpliqué |
Absence de cause reconnaissable après une anamnèse et un examen approfondis |
Cause reconnaissable comme une infection, un reflux, des convulsions ou une anomalie des voies respiratoires |
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Incident |
Présence de ≥1 des signes suivants :
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Affections bénignes comme une respiration périodique, une cyanose périorale isolée, un spasme du sanglot ou des états post-critiques |
Information tirée de la référence 1
Figure 1. L’évaluation structurée des soupçons de brefs incidents résolus inexpliqués et les facteurs de risque d’autres diagnostics ou de diagnostics sous-jacents
Information tirée des références 1 et 2
BRUE bref incident résolu inexpliqué; IVRS infection des voies respiratoires supérieures; USIN unité de soins intensifs néonatals
Figure 2. Les diagnostics différentiels des nourrissons emmenés en consultation à cause de soupçons de bref incident résolu inexpliqué

Les données sont divisées en diagnostics graves (12 études, n=4 958) et non graves (deux études, n=3 078)[3][4].
RGO reflux gastro-œsophagien; RGOP reflux gastro-œsophagien pathologique
Point de pratique exemplaire no 2 : Informer les proches du faible risque de mortalité et de maladie sous-jacente grave. Envisager une période plus longue en observation ou un suivi ambulatoire plus étroit en cas de brefs incidents résolus inexpliqués récurrents, indicateurs d’un plus grand risque d’affection grave.
Le BRUE n’est pas associé à la mort subite du nourrisson, mais plutôt à un taux de mortalité qui reflète celui de la population générale (un cas sur 1 851 nourrissons pendant une période de trois mois)[4]. Les diagnostics sous-jacents graves les plus fréquents sont l’épilepsie ou l’apnée, mais ils demeurent tout de même rares (dans environ 6 % des cas), tandis que les infections bactériennes invasives, les troubles cardiaques et les troubles métaboliques sont d’une extrême rareté (voir la figure 2)[5][6]. Il est plus fréquent de constater des problèmes d’alimentation bénins ou un reflux[6][7]. Les BRUE récurrents (14 %) sont associés à un risque plus élevé de pathologie grave[6][8]-[10].
Point de pratique exemplaire no 3 : Utiliser des outils récents pour stratifier le risque et fournir des évaluations personnalisées des risques d’affections graves et de récurrences.
La stratification du risque établie dans les directives de l’American Academy of Pediatrics est limitée, car elle classe plus de 90 % des nourrissons parmi le groupe à haut risque tout en obtenant une faible valeur prédictive positive[9][11][12]. Les études publiées n’ont pas démontré de différences importantes à l’égard des pronostics cliniques des nourrissons « à faible risque » et « à haut risque » de l’American Academy of Pediatrics, et l’âge seul n’est pas un facteur prédictif indépendant du risque après l’évaluation initiale. Des outils mis au point récemment et validés auprès de populations canadiennes et américaines fournissent une évaluation plus précise du risque[9][12][13]. En intégrant diverses tolérances au risque plutôt qu’en optant pour une classification binaire de risque élevé ou faible, des outils en ligne, disponibles en anglais, peuvent faciliter une décision commune qui tient compte des priorités des proches et du contexte social (p. ex., l’accès au suivi, le soutien disponible).
Point de pratique exemplaire no 4 : Maintenir en observation pendant une courte période (quatre heures), sans oublier la surveillance cardiorespiratoire.
Lorsque l’anamnèse et l’examen excluent les causes sous-jacentes, une brève période de surveillance contribue à déterminer les incidents récurrents ou les symptômes évolutifs et peut rassurer les proches[1][2][14]. Une surveillance prolongée risque de déclencher de fausses alertes et une désensibilisation aux alertes ainsi que d’accroître l’anxiété des proches. Puisque cette période d’observation peut être difficile à respecter en soins primaires, les services d’urgence sont souvent les lieux les plus appropriés pour procéder à l’évaluation initiale.
Point de pratique exemplaire no 5 : Évaluer les pratiques d’alimentation, particulièrement si le brefs incidents résolus inexpliqués avait une relation temporelle avec l’alimentation, mais ne pas hospitaliser seulement pour procéder à une évaluation de l’alimentation.
En cas d’incidents liés à l’alimentation, il faut obtenir une anamnèse détaillée et procéder à une observation directe de l’alimentation. Ces mesures permettent de déterminer les facteurs modifiables (p. ex., suralimentation, mauvaise prise au sein, positionnement), d’orienter les ajustements et de contribuer à déterminer s’il faut effectuer d’autres tests (p. ex., étude de déglutition par vidéofluoroscopie)[15][16].
Point de pratique exemplaire no 6 : Procéder au dépistage de la maltraitance, y compris une anamnèse et un examen physique approfondis.
Les cliniciens doivent demeurer à l’affût des signes évocateurs de maltraitance ou de problèmes psychosociaux, lesquels devraient susciter une évaluation en travail social ou en protection de l’enfance et la réalisation des tests diagnostiques appropriés[17]-[19].
Point de pratique exemplaire no 7 : Éviter les tests de dépistage systématiques non spécifiques.
Les tests systématiques (hémogramme, électrolytes, gaz sanguins, ammoniaque, lactate, marqueurs inflammatoires, analyse d’urine, cultures de sang et d’urine, ponction lombaire) ont un très faible rendement (de 1 % à 5 % seulement) pour déterminer les étiologies des BRUE et peuvent être responsables de résultats faussement positifs ainsi que d’examens et d’hospitalisations inutiles[20]-[24]. Les cliniciens devraient parler des préjudices potentiels et des avantages limités avec les familles qui cherchent à se faire rassurer par des tests[16][25]-[28].
Point de pratique exemplaire no 8 : Réserver les tests ciblés aux situations où les facteurs liés à l’anamnèse ou à la situation clinique sont évocateurs d’une affection donnée, y compris les suivants :
Il arrive que les panels de virus respiratoires fournissent une explication, mais ils modifient rarement la prise en charge[8][10][22][24][31][33]. Puisque les BRUE récurrents sont des facteurs de risque de diagnostics graves (notamment les convulsions et l’apnée), les cliniciens peuvent envisager un électroencéphalogramme et une oxymétrie nocturne chez ces nourrissons.
Point de pratique exemplaire no 9 : Ne pas hospitaliser systématiquement les nourrissons, à moins de craintes de maltraitance, de suivi inapproprié ou de cooccurrences symptomatiques importantes.
L’hospitalisation des nourrissons qui semblent être dans un bon état général et qui ne présentent pas de facteurs de risque particuliers ne permet pas de déterminer des causes graves avec fiabilité, car elles prennent souvent plus de temps avant de se manifester[5]. L’observation de récurrences pendant l’hospitalisation éclaire rarement le diagnostic[5]-[7]. Depuis dix ans, les taux d’hospitalisation attribuables aux BRUE ont diminué sans que le nombre de nouvelles consultations aux services d’urgence augmente, ce qui semble indiquer que cette approche ne compromet pas la sécurité des nourrissons[36]-[38].
L’hospitalisation peut être proposée aux familles qui peinent à composer avec l’incertitude diagnostique, mais doit être soupesée par rapport aux risques qui s’y rattachent[25][26][28][39]. Il est alors important d’expliquer clairement les attentes aux familles et de leur souligner qu’en général, l’hospitalisation ne permet pas de déceler un diagnostic sous-jacent.
Point de pratique exemplaire no 10 : Planifier un suivi ambulatoire rapide (dans les quelques jours suivants) pour réévaluer l’état clinique et traiter les symptômes en évolution[1].
Un contact régulier avec un prestataire de soins primaires peut réduire l’anxiété, éclairer les incertitudes diagnostiques et limiter les réhospitalisations inutiles[20]. Les nourrissons qui présentent des incidents récurrents ou d’autres signes évocateurs peuvent avoir besoin d’être soumis à des tests plus approfondis ou d’être orientés vers des spécialistes. Par ailleurs, la décision de procéder aux évaluations auprès des patients ambulatoires plutôt que des patients hospitalisés dépend souvent de la disponibilité des ressources. Lorsqu’il est impossible de procéder au suivi en soins primaires, il est raisonnable de planifier la réévaluation dans une clinique sans rendez-vous, par visioconférence ou par téléphone, selon l’accès et les ressources de la localité.
Point de pratique exemplaire no 11 : Éviter les antiacides après un brefs incidents résolus inexpliqués. Même en présence de soupçons cliniques de reflux gastro-œsophagien, le traitement ne réduit pas les récurrences de brefs incidents résolus inexpliqués et comporte des risques.
Même s’ils sont souvent prescrits, les traitements antiacides ne comportent aucuns avantages démontrés en cas de BRUE, car la plupart des incidents de reflux n’ont pas d’origine acide et ne sont pas corrélés avec le BRUE[20][40][41].
Point de pratique exemplaire no 12 : Offrir de l’information sur un sommeil sécuritaire et des ressources sur la réanimation cardiorespiratoire (cours communautaires) dans le cadre des mesures de santé publique prévues auprès de tous les proches, et non parce que le brefs incidents résolus inexpliqués accroît le risque.
Pour de nombreuses familles inquiètes, l’apprentissage de la réanimation cardiorespiratoire peut fournir un sentiment précieux de préparation et de contrôle[1][42].
Point de pratique exemplaire no 13 : Ne pas recommander systématiquement une surveillance cardiorespiratoire à domicile d’un nourrisson autrement en santé après un brefs incidents résolus inexpliqués.
La surveillance systématique à domicile ne prévient en rien la mort subite du nourrisson, mais peut susciter des fausses alertes et de l’anxiété[1][43].
Des recherches plus approfondies devraient permettre de dégager des stratégies efficaces pour transmettre les risques liés aux BRUE et l’incertitude diagnostique aux familles. Les tests systématiques à large spectre sont déconseillés, mais les recherches devraient définir les tests ciblés et les approches de surveillance à privilégier chez les nourrissons qui présentent des facteurs de risque, particulièrement en cas d’incidents récurrents. De plus, il est impératif d’évaluer les avantages et le moment idéal du suivi pour améliorer les recommandations ambulatoires. Enfin, des recherches devront être réalisées afin de déterminer les méthodes sécuritaires pour limiter la vaine utilisation des ressources et adopter les recommandations en toute efficacité.
Figure 3. Les recommandations pour la prise en charge clinique des nourrissons chez qui on soupçonne un bref incident résolu inexpliqué

BRUE bref incident résolu inexpliqué; ECG électrocardiogramme; EEG électroencéphalogramme; ÉDVF étude de déglutition par vidéofluoroscopie; RCR réanimation cardiorespiratoire
Le comité de la pédiatrie communautaire, le comité des soins aigus et le comité directeur de la section de la médecine d’urgence pédiatrique de la Société canadienne de pédiatrie ont révisé le présent point de pratique.
COMITÉ DIRECTEUR DE LA SECTION DE LA PÉDIATRIE HOSPITALIÈRE DE LA SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE (2025-2026)
Membres : Sepideh Taheri MD (président), Laura Davies MD (présidente désignée), Melanie Buba MD (présidente sortante), Geert ’t Jong MD Ph. D. (secrétaire-trésorier), Peter J. Gill MD D. Phil. M. Sc. (administrateur), Jennifer Lee Wiebe MD (administratrice)
Auteurs principaux : Nassr Nama MD M. Sc., Kara Picco B. Sc. (spéc.) MD, Olivia Ostrow MD, Joel S. Tieder MD MSP, Peter J. Gill MD D. Phil. M. Sc.
Financement
Aucun financement n’a été accordé pour la préparation du présent manuscrit.
Conflits d’intérêts potentiels
Olivia Ostrow déclare recevoir des honoraires annuels pour ses fonctions de médecin responsable de la pédiatrie au sein de Choisir avec soin Canada. Joel Tieder déclare recevoir des honoraires de la Children’s Hospital Association à titre de conseiller en recherche pour les rapports sur la diversité, l’équité et l’inclusion. Les autres auteurs n’ont aucuns conflits d’intérêts à déclarer. Ils ont tous remis le formulaire de divulgation des conflits d’intérêts potentiels de l’International Committee of Medical Journal Editors.
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.