Affiché le 18 septembre 2026 par la Société canadienne de pédiatrie | Permalink
Catégorie(s) : Utilisation des écrans, Santé mentale
par le docteur Ripudaman Singh Minhas, pédiatre du développement, Toronto
J’ai récemment rencontré une famille qui s’inquiétait de l’anxiété et du rendement scolaire de son enfant de 12 ans. Comme cela arrive souvent dans le cadre de nos consultations contemporaines, la conversation s’est rapidement tournée vers les médias sociaux. Non pas parce qu’ils étaient l’unique cause des difficultés de l’enfant, mais parce qu’ils faisaient désormais partie intégrante de nombreux aspects de son quotidien : le sommeil, les amitiés, l’estime de soi, les habitudes familiales et même sa façon de comprendre le monde qui l’entourait.
Pour de nombreux pédiatres, ce type de conversation est de plus en plus fréquent.
Les enfants grandissent dans des environnements numériques fondamentalement différents de ceux qu’ont connus les générations précédentes. La question n’est plus de savoir si les enfants devraient être en ligne ou non. Ils y sont déjà.
De récentes propositions fédérales visant à restreindre l’accès des moins de 16 ans aux médias sociaux ont suscité un important débat public.
L’expérience d’autres pays laisse penser que les restrictions fondées uniquement sur l’âge ne suffiront probablement pas. Les jeunes peuvent les contourner, et les contenus numériques parviennent aux enfants de multiples façons. Bien avant de créer leurs propres comptes, de nombreux jeunes enfants découvrent les médias sociaux par l’entremise de frères et sœurs plus âgés, des appareils familiaux, des plateformes de jeux, des applications de messagerie et des services de diffusion en continu.
Le débat public entourant la législation sur les médias sociaux est important. Surtout, il soulève une question plus vaste : que signifie un développement sain des enfants à l’ère numérique ?
En tant que pédiatres, aider les familles à répondre à cette question pourrait devenir l’une de nos tâches les plus importantes au cours des prochaines années.
Nous pouvons avoir une grande influence en discutant avec les familles de l’importance de donner l’exemple. Le terme « technoférence » désigne la façon dont les appareils numériques interrompent les interactions entre les parents et leurs enfants. Qu’il s’agisse de consulter ses notifications pendant les repas, de faire défiler du contenu tout en surveillant un enfant qui joue ou de prendre son téléphone dès qu’on s’ennuie, les enfants observent quotidiennement la manière dont les adultes utilisent la technologie.
Bien avant d’utiliser eux-mêmes les médias sociaux, les enfants acquièrent leurs habitudes numériques en observant les adultes qui les entourent.
En tant que pédiatres, nous pouvons aider les familles à réfléchir à ces habitudes sans porter de jugement. Les discussions sur une saine utilisation des écrans ne devraient pas porter uniquement sur les comportements des enfants. Elles devraient également aborder les habitudes familiales, l’exemple donné par les parents, l’hygiène du sommeil, les activités sans appareils numériques et les occasions de créer des liens significatifs.
Le débat actuel met aussi en évidence l’importance croissante de la littératie médiatique. Les enfants évoluent dans des environnements informationnels façonnés par les algorithmes, les influenceurs, l’intelligence artificielle, la publicité et la mésinformation. Apprendre à évaluer l’information avec un esprit critique, à reconnaître les sources fiables et à comprendre comment les plateformes numériques influencent l’attention et les comportements constitue une étape essentielle de leur développement.
Ces compétences ne s’acquièrent pas naturellement. Leur acquisition nécessite un enseignement explicite et le soutien des familles, des écoles, des communautés et des professionnels de la santé.
Au bout du compte, l’adoption de saines habitudes numériques constitue un défi de changement de comportement. Or, la santé publique montre depuis longtemps que les politiques ne suffisent généralement pas, à elles seules, à modifier les comportements. Les approches efficaces et durables conjuguent l’éducation, des environnements favorables, les normes sociales et le développement des compétences.
Il en va de même du bien-être numérique. Les pédiatres ont un rôle important à jouer. Tandis que le débat sur les politiques publiques se poursuit, nous pouvons aider les familles à élaborer des plans favorisant une saine utilisation des écrans, les encourager à adopter des habitudes familiales sans appareils numériques, discuter avec elles des effets de la technologie sur le sommeil et la santé mentale, et promouvoir la littératie médiatique comme une compétence essentielle à la vie quotidienne.
Le Centre pour une saine utilisation des écrans de la Société canadienne de pédiatrie offre aux cliniciens, aux parents et aux proches aidants des conseils fondés sur des données probantes. Ces ressources peuvent alimenter les discussions sur les saines habitudes numériques aux différents stades du développement et aider les familles à s’orienter dans un univers numérique de plus en plus complexe.
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Mise à jour : le 18 septembre 2026