Point de pratique
Affichage : le 14 août 2026
Cora M. Constantinescu MD; Société canadienne de pédiatrie, Comité des maladies infectieuses et d’immunisation
La Société canadienne de pédiatrie continue d’encourager la vaccination antigrippale annuelle de TOUS les enfants et les adolescents, dès l’âge de six mois. Les recommandations du Comité consultatif national de l’immunisation pour la saison 2026-2027 ne sont pas très différentes de celles de la saison précédente. Toutefois, tous les produits recommandés sont des vaccins antigrippaux trivalents. Les vaccins antigrippaux injectables peuvent être utilisés chez les enfants âgés de six à 23 mois, tandis que le vaccin antigrippal inactivé injectable ou le vaccin vivant atténué administré par voie intranasale peuvent l’être chez les enfants et les adolescents âgés de deux à 17 ans qui ne sont pas immunodéprimés. Le vaccin antigrippal injectable est recommandé pour les enfants immunodéprimés âgés de six mois ou plus [1].
Mots-clés : CCNI; enfants; vaccin antigrippal; vaccin inactivé contre l’influenza; VVAI
Les pédiatres et les autres prestataires de soins qui s’occupent d’enfants et d’adolescents ont des rôles importants à jouer pour promouvoir le vaccin antigrippal. Afin d’accroître l’adoption de ce vaccin, ils peuvent aider les familles à comprendre la gravité potentielle de l’infection tout autant que l’efficacité et l’innocuité de la vaccination. Le vaccin antigrippal est particulièrement important pour limiter les répercussions d’une grippe grave sur chaque enfant, sur les familles et sur le système de santé.
Le présent point de pratique résume les récentes recommandations du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI)[1], l’épidémiologie de la grippe pendant la saison 2025-2026 au Canada et les changements de formulations vaccinales pour la saison 2026-2027[1]-[3].
Le fardeau de la grippe est appréciable chez les enfants. Il est démontré que les enfants âgés de moins de cinq ans courent un risque élevé de complications et d’hospitalisations liées à la grippe. Les nourrissons, particulièrement ceux âgés de moins de six mois, sont démesurément vulnérables à une grippe grave parce qu’ils ne possèdent pas encore d’immunité et ne sont pas admissibles au vaccin[1].
La saison grippale 2025-2026 a été dominée par l’influenza A(H3N2) au Canada et a atteint un sommet précoce en décembre, alors qu’une forte proportion de l’activité grippale touchait les enfants et les adolescents. Selon les souches en circulation, le fardeau de la grippe peut fluctuer d’une saison à l’autre chez les enfants. Pendant la saison 2025-2026, un peu moins de 1500 hospitalisations pédiatriques et huit décès attribués à la grippe chez les enfants ont été recensés[2].
Malgré une dérive antigénique marquée pendant la saison dernière (et la cassure qui en a découlé), les évaluations de protection ont indiqué que le risque d’influenza A(H3N2) nécessitant des soins médicaux avait diminué de 40 % chez les personnes vaccinées par rapport aux personnes non vaccinées pendant la saison 2025-2026 [4].
Le CCNI recommande la vaccination antigrippale de toutes les personnes âgées de six mois et plus, notamment celles qui présentent un risque élevé de complications et d’hospitalisation liées à la grippe et celles qui sont susceptibles de transmettre la grippe à des personnes présentant un risque élevé (encadré 1)[1]. La Société canadienne de pédiatrie encourage la vaccination antigrippale annuelle de TOUS les enfants et les adolescents, dès l’âge de six mois, de même que des adultes – y compris les pédiatres et les autres prestataires de soins – susceptibles de transmettre la grippe aux personnes présentant un risque élevé de complications[1]. Les enfants âgés de moins de cinq ans sont considérés comme présentant un risque élevé, sans compter qu’ils sont des vecteurs efficaces de transmission[5].
Encadré 1. Recommandations du Comité consultatif national de l’immunisation |
La vaccination antigrippale est particulièrement recommandée dans les groupes suivants : Personnes représentant un risque élevé de complications ou d’hospitalisation liées à la grippe
Personnes qui pourraient transmettre la grippe à des sujets à risque élevé, en particulier les suivantes
Autres
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∗ Ces troubles comprennent les affections neuromusculaires, neurovasculaires, neurodégénératives, neurodéveloppementales, les troubles convulsifs et, chez les enfants, les convulsions fébriles et les retards de développement isolés, mais excluent les migraines et les troubles neuropsychiatriques sans anomalies neurologiques. |
En 2026-2027, la composition recommandée des vaccins antigrippaux dans l’hémisphère Nord diffère de celle des vaccins de 2025-2026 et ne fait pas appel aux mêmes composants viraux : souches A(H1N1)pdm09, A(H3N2) et B/Victoria[3].
Depuis mars 2020, la lignée B/Yamagata a disparu partout dans le monde, et seule la lignée B/Victoria est en circulation. La lignée B/Yamagata a été retirée du vaccin antigrippal annuel après 2023, puis ce retrait a été suivi de la transition du vaccin quadrivalent au vaccin trivalent[1].
Chez les enfants, la protection vaccinale demeure robuste et relativement stable au cours d’une saison grippale type. Les titres d’anticorps atteignent un sommet un mois après la vaccination, puis diminuent graduellement au fil du temps tout en conservant des taux sériques assez élevés pour maintenir une protection pendant au moins six mois. Cependant, même si les données probantes appuient la haute efficacité des vaccins contre l’activité de la grippe saisonnière, la réponse immunitaire au vaccin antigrippal ne persiste pas nécessairement plus d’un an. Les souches en circulation changent souvent, si bien que la protection ne perdure pas toujours plus d’une saison[1].
Deux types de vaccin antigrippal sont homologués au Canada : les vaccins inactivés contre l’influenza (VII), administrés par injection intramusculaire, et le vaccin vivant atténué contre l’influenza (VVAI), administré par voie intranasale (voir le tableau 1). Tous ont des formulations trivalentes (VII3 et VVAI3)[1].
Deux grandes catégories de VII sont offertes au Canada : 1) les vaccins à base d’œufs (décrits comme à dose standard [DS], à haute dose [HD] et avec adjuvant) et 2) un vaccin issu de cultures cellulaires de mammifères (VII3-cc), qui est homologué à compter de l’âge de six mois. Le VII3 avec adjuvant à base d’œufs (VII3-Adj) est homologué pour les enfants âgés de six à 23 mois et les adultes âgés de 65 ans ou plus[1].
Un VVAI est actuellement autorisé et homologué au Canada pour les enfants âgés de deux à 17 ans et les adultes de 18 à 59 ans : le VVAI3, un vaccin trivalent administré par pulvérisation intranasale à une dose de 0,2 mL (0,1 mL dans chaque narine). Le VVAI n’est pas homologué pour les enfants âgés de moins de deux ans en raison de l’accroissement faible, mais significatif, du taux de sibilances observé de deux à quatre semaines après la vaccination dans cette tranche d’âge. Il peut être utilisé chez les enfants et les adolescents non immunodéprimés âgés de deux à 17 ans. Il ne devrait pas être utilisé chez les enfants immunodéprimés parce que ce vaccin vivant renferme des virus grippaux atténués qui peuvent être répliqués et comportent donc un risque théorique de maladie associée au vaccin[1].
Des études ont démontré que le VVAI et le VII procurent une protection comparable chez les enfants. Lorsque le VVAI n’est pas contre-indiqué, l’un ou l’autre de ces vaccins peut être utilisé[1]. Chez les adultes, certaines données indiquent que le VII serait plus efficace que le VVAI. Ces deux vaccins peuvent être utilisés chez les adultes en santé, mais on devrait privilégier le VII chez ceux qui sont atteints d’une affection chronique[1]. Chez les enfants atteints du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), le CCNI précise que même si le VII est favorisé, le VVAI peut être envisagé chez certains enfants dont le VIH est bien contrôlé et qui n’acceptent pas le VII (voir la note du tableau 1 pour obtenir la définition du VIH bien contrôlé)[1].
Les vaccins offerts et les préférences du CCNI auprès des enfants et des adolescents figurent au tableau 1[1].
Tableau 1. Choix du vaccin antigrippal pour certaines tranches d’âge et certains groupes à risque* | ||
Tranche d’âge, profil de santé | Types de vaccins disponibles | Commentaires |
6 à 23 mois | VII3-Adj | Toutes ces formulations sont trivalentes (elles contiennent les souches H1N1, H3N2 et une souche B/Victoria). Remarque : Le VVAI n’est PAS homologué dans ce groupe d’âge. |
2 à 17 ans, en bonne santé ou atteint d’une affection chronique sans immunodépression† | VII3-DS | La congestion nasale transitoire et la rhinorrhée sont les principaux effets secondaires du VVAI. (Voir les contre-indications à l’utilisation du VVAI.) |
2 à 17 ans, immunodépression† | VII3-DS | Le VVAI est contre-indiqué. |
Grossesse | VII3-DS | Le VVAI n’est pas recommandé (n’a pas été étudié; le vaccin vivant pose un risque théorique pour le fœtus) chez les personnes adolescentes enceintes. |
VII : vaccin inactivé contre l’influenza; VII3-Adj : vaccin trivalent inactivé contre l’influenza; VII3-DS : vaccin trivalent inactivé contre l’influenza à dose standard; VVAI : vaccin vivant atténué contre l’influenza; VVAI3 : vaccin trivalent vivant atténué contre l’influenza * Pour connaître les choix de vaccins pour les adultes, voir la référence [1]. † L’administration du VVAI peut être envisagée chez les enfants atteints d’une infection stable par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) qui reçoivent un traitement antirétroviral hautement actif depuis au moins quatre mois, dont la numération des lymphocytes T CD4 est de 500/μL ou plus s’ils sont âgés de deux à cinq ans ou de 200/μL ou plus s’ils sont âgés de six à 17 ans et dont le taux d’ARN VIH plasmatique est inférieur à 10000 copies/mL (numération des lymphocytes T CD4 et taux d’ARN VIH plasmatique mesurés dans les 100jours précédant l’administration du VVAI)[1]. Le Fluzone, le Fluviral et l’Influvac sont les trois VII3-DS issus d’œufs de poulet à être homologués au Canada, et le Flucelvax est le VII3-cc disponible. Le FluMist, un vaccin antigrippal trivalent administré par pulvérisation, est le VVAI homologué au Canada. | ||
Pour en tirer le meilleur parti, il faut administrer le vaccin antigrippal dès sa mise en marché, avant le début de la saison grippale. On doit quand même l’offrir jusqu’à la fin de la saison en cours aux personnes qui ne l’ont pas encore reçu[1].
Une réaction anaphylactique à une dose précédente du vaccin antigrippal ou à l’un de ses composants (à l’exception des œufs) ou l’apparition du syndrome de Guillain-Barré dans les six semaines suivant l’administration du vaccin, si l’on n’en a pas déterminé d’autre cause, constituent des contre-indications à de nouvelles doses[1].
Des études ont démontré que le VII et le VVAI peuvent être administrés en toute sécurité aux personnes allergiques aux œufs, car cette allergie n’est pas une contre-indication à leur administration. Le vaccin antigrippal doit toujours être administré dans un milieu où l’anaphylaxie peut être traitée[1].
Parce qu’il s’agit d’un vaccin vivant, le VVAI est contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées, sauf les enfants atteints d’une infection stable par le VIH, chez qui il peut être envisagé. Il est également contre-indiqué chez les personnes ayant un asthme sévère (c’est-à-dire les sujets qui présentent des sibilances actives, qui prennent une glucocorticothérapie par voie orale ou de fortes doses de glucocorticoïdes inhalés ou dont les sibilances ont nécessité une intervention médicale au cours des sept jours précédents), chez les femmes et les personnes enceintes et chez les enfants et les jeunes âgés de deux à 17 ans qui suivent un traitement continu contenant de l’acide acétylsalicylique, en raison de l’association entre le syndrome de Reye et la prise d’acide acétylsalicylique pendant une infection grippale[1].
Chez les personnes ayant une congestion nasale suffisante pour nuire à l’administration satisfaisante du VVAI, il faut reporter la vaccination jusqu’à la disparition de la congestion ou privilégier le VII[1].
Les personnes qui reçoivent le VVAI peuvent propager le virus du vaccin, mais comme celui-ci est adapté au froid, il n’est pas très pathogène. À titre de précaution, il est toutefois recommandé d’éviter les contacts avec les personnes gravement immunodéprimées (telles que les récents receveurs d’une greffe de cellules souches hématopoïétiques qui doivent encore demeurer en isolement) dans les deux semaines suivant l’administration du vaccin. Le VII est à privilégier chez les prestataires de soins, les membres de la famille et les autres personnes qui seront en contact étroit avec elles[1].
Tous les vaccins antigrippaux saisonniers peuvent être administrés en tout temps avant ou après d’autres vaccins ou des anticorps monoclonaux contre le virus respiratoire syncytial comme le nirsévimab ou le clesrovimab[6], ou conjointement avec ces produits.
Il faut avoir mis un terme à un traitement antiviral actif contre la grippe 48 heures avant d’administrer le VVAI, car ce traitement inactive le virus du vaccin. Si le patient doit recevoir un agent antigrippal dans les deux semaines suivant l’administration du VVAI, une nouvelle dose du vaccin est à prévoir au moins 48 heures après l’arrêt du traitement, à moins de privilégier le VII[1].
La posologie du VII administré par voie intramusculaire est de 0,5 mL quel que soit l’âge, sauf pour le VII3-Adj pédiatrique, qui est de 0,25 mL. Celle du VVAI est de 0,2 mL (0,1 mL dans chaque narine, par pulvérisation intranasale)[1].
Un enfant âgé de moins de neuf ans qui se fait administrer le vaccin antigrippal (VII ou VVAI) pour la première fois doit en recevoir deux doses à au moins quatre semaines d’intervalle. S’il en a déjà reçu au moins une dose par le passé, il a besoin d’une seule dose pour la saison. Les enfants âgés de neuf ans ou plus et les adultes n’ont besoin que d’une dose par année[1].
Membres : Michelle Barton MD (présidente), Laura Sauvé MD (présidente sortante), Eugène Ng MD (représentant du conseil), Ari Bitnum MD, Sergio Fanella MD, Laura Erdman MD, Jeannette Comeau MD
Représentants : Cora M. Constantinescu MD (Comité consultatif national de l’immunisation), Sean Bitnun MD (Groupe canadien de recherche pédiatrique et périnatale sur le VIH/sida chez les enfants), Isabelle Viel-Thériault MD (Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages), Marina Salvadori MD (Agence de la santé publique du Canada), Sean O’Leary (comité des maladies infectieuses, American Academy of Pediatrics), Rupeena Purewal MD (Programme canadien de surveillance active de l’immunisation), Jennifer Tam MD (comité de pédiatrie, Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada)
Auteure principale : Cora M. Constantinescu MD
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.