Document de principes
Affichage : le 26 mai 2026
Justin Penner, MD, Sergio Fanella, MD, Société canadienne de pédiatrie, Comité des maladies infectieuses et d’immunisation
Les infections de la peau et des tissus mous comptent parmi les maladies infectieuses les plus fréquentes chez les enfants. Leur gravité varie entre des infections simples spontanément résolutives et de graves syndromes nécrosants qui exigent la prise d’antibiotiques par voie intraveineuse, une intervention chirurgicale et des soins intensifs. Une barrière cutanée incomplète, découlant d’affections pédiatriques courantes comme l’eczéma et les abrasions cutanées, prédispose à l’infection. Lorsqu’il faut administrer des antibiotiques, le choix et la durée du traitement devraient dépendre des organismes les plus probables, des profils de sensibilité possibles et des différences épidémiologiques selon les régions. Des traitements inappropriés au moyen d’antibiotiques à trop large spectre ou de durée trop prolongée sont nuisibles au microbiome, accroissent les effets secondaires des antimicrobiens, perpétuent la colonisation des organismes résistants et précipitent ainsi la résistance aux antimicrobiens. Le présent document de principes fournit aux prestataires de soins une boîte à outils pour la prise en charge optimale des infections bactériennes de la peau et des tissus mous, y compris les épisodes récurrents. Il n’aborde pas les principes thérapeutiques de ce type d’infections chez les patients immunodéprimés ou brûlés, en raison de la prise en charge complexe nécessaire dans ces deux contextes.
Mots-clés : abcès; cellulite; décolonisation; infection cutanée; SARM
La peau est une barrière physique qui protège son hôte des infections. Les dommages qui y sont infligés par divers processus, y compris les maladies atopiques, les irritants cutanés, la xérose, les micro-abrasions, les ectoparasites (p. ex., gale, poux), les traumatismes, les interventions chirurgicales, les infections cutanées virales (p. ex., virus Herpes zoster ou Herpes simplex) ou les infections du cuir chevelu ou des ongles, amplifient la vulnérabilité aux infections.
Les infections de la peau et des tissus mous (IPTM) comptent parmi les maladies infectieuses les plus fréquentes en pédiatrie. Selon une étude multicentrique canadienne réalisée dans 12 communautés éloignées ou isolées, leur prévalence estimative s’établirait à 36,8 % dans certaines localités, et 60,2 % de la population totale à l’étude avaient reçu au moins une prescription d’antibiotiques au cours des 12 mois précédents[1]. Une utilisation d’antimicrobiens aussi élevée peut être liée à de plus forts taux d’infections antibiorésistantes dans ces milieux. En raison de la fréquence des IPTM dans la population pédiatrique et du potentiel de grande utilisation d’antimicrobiens, qui entraîne des infections par des organismes résistants, la gestion des antimicrobiens est un enjeu de santé publique déterminant. Le présent document de principes fournit aux prestataires de soins une boîte à outils pour optimiser la prise en charge des IPTM bactériennes, y compris les épisodes récurrents. Il remplace les directives antérieures de la Société canadienne de pédiatrie sur les abcès cutanés à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline (SARM)[2].
Les IPTM sont classées de diverses façons, sans qu’un consensus universel se dégage. Une liste de termes fréquents figure au tableau 1. En général, les infections bactériennes de l’épiderme sont moins graves que les infections plus profondes, mais peuvent faciliter la pénétration des bactéries dans les tissus plus profonds. Les abcès, qui peuvent se former dans n’importe quelle couche tissulaire, se caractérisent par des collections discrètes de pus (figure 1).
Tableau 1. Les infections de la peau et des tissus mous : termes et définitions*
Figure 1. L’anatomie des infections de la peau et des tissus mous

Les retards de traitement et les incohérences des pratiques de prise en charge peuvent favoriser l’évolution de la maladie, des douleurs, des abcès des tissus profonds, des infections musculosquelettiques et une hypopigmentation ou une hyperpigmentation. En cas d’infection simple, l’amorce, la durée et la sélection inappropriées de l’antibiotique ou de la voie d’administration sont préjudiciables au microbiome, accroissent les effets secondaires des antimicrobiens (p. ex., Clostridioides difficile) et ont des effets sociétaux en raison de l’accroissement de la résistance antimicrobienne.
Le Staphylococcus aureus sensible ou résistant à la méthicilline (SASM or SARM) et le Streptococcus pyogenes (Streptococcus du groupe A [SGA]) sont les principaux agents pathogènes associés aux IPTM bactériennes d’origine communautaire. Ces deux agents pathogènes peuvent provoquer une série d’IPTM, allant d’infections bénignes (p. ex., folliculite, impétigo) à de graves infections nécrosantes compliquées par un choc toxique ou un sepsis. Selon de récents rapports, les infections à SGA invasives sont en hausse[3]. La cellulite non pyogène à SGA est signalée davantage que celle à S. aureus, mais la confirmation microbiologique est rare dans ce contexte, et peu de données canadiennes portent sur les populations pédiatriques[4].
Bien que les taux varient en fonction des provinces et des territoires, le nombre de cas de SARM augmente dans la population pédiatrique au Canada[5][6]. Cette hausse touche démesurément certains groupes minorisés, comme les communautés autochtones des régions éloignées ou isolées, où les proportions de SARM peuvent dépasser les 50 %[7]. Compte tenu de cette prévalence, certains déterminants sociaux de la santé, tels que les logements surpeuplés, sont des facteurs de risque d’IPTM[8]. Des taux de colonisation atteignant 67 % ont été déclarés dans les ménages où un membre avait récemment contracté une infection à SARM[9]. Certains comportements, comme se curer le nez, sont associés à un accroissement des taux de portage de S. aureus[10][11]. Certaines études démontrent qu’environ le tiers des personnes colonisées par le SARM contracteront une IPTM[12][13] et que jusqu’à 70 % de celles atteintes par une IPTM attribuable au SRAM peuvent présenter une ou plusieurs récurrences au cours des six à 12 mois suivants[14]. Le risque d’IPTM chez les enfants augmente également en cas de colonisation par le SASM[15].
D’autres agents bactériens pathogènes et agents mimétiques non infectieux devraient être envisagés en fonction de l’histoire d’exposition et de l’examen physique. Les agents pathogènes d’origine hydrique incluent les espèces Aeromonas (dans l’eau douce), les espèces Vibrio (dans l’eau saumâtre ou salée) et le Pseudomonas aeruginosa (responsable de la folliculite du spa ou de l’ecthyma). Les bactéries anaérobies peuvent provoquer des IPTM après une plaie punctiforme profonde ou une morsure animale ou humaine. Elles peuvent également être présentes dans les cas de lésions ulcéreuses de longue date, chez les hôtes immunodéprimés et lors d’une utilisation d’antimicrobiens prolongée ou récente. Les prestataires de soins doivent envisager des mycobactéries non tuberculeuses, des Candida, des moisissures et des dermatophytes cutanés lorsque l’épidémiologie ou la morphologie des lésions évoquent de telles étiologies. Les infections à virus Herpes zoster prédisposent aux IPTM, y compris aux infections invasives (p. ex., fasciite nécrosante)[16]. L’eczéma peut également être surinfecté par le virus Herpes simplex (eczema herpeticum) ou par des entérovirus (eczema coxsackium). Les agents mimétiques non infectieux des IPTM incluent, sans s’y limiter, le pyoderma gangrenosum, le pyogenic granuloma, le psoriasis, la dermatite atopique non infectée, l’hidrosadénite suppurée, la stase ou la thrombose veineuse, la vascularite, l’urticaire, la dermatite de contact, le cancer et d’autres affections dermatologiques ou rhumatologiques non infectieuses.
La triade épidémiologique est composée de l’hôte, de l’agent pathogène et de l’environnement. L’anamnèse ciblée devrait tenir compte des interactions entre ces trois éléments, y compris une occurrence antérieure de traumatisme cutané, de morsure (animale ou humaine), d’exposition à l’eau, de voyage, de contact avec des personnes malades, d’activités sociales, professionnelles et récréatives et d’hospitalisation ou de fréquentes admissions ou consultations. La chronicité (aiguë, subaiguë ou chronique) et les symptômes associés (fièvre, douleur) devraient faire partie de l’anamnèse des IPTM. Les antécédents médicaux devraient inclure les expériences personnelles et familiales d’IPTM, les affections médicales sous-jacentes, une histoire connue ou des facteurs de risque de colonisation par le SARM et l’état vaccinal. Bien que la plupart des enfants atteints d’IPTM récurrentes soient immunocompétents, une anamnèse attentive devrait confirmer l’absence de signes d’erreurs innées de l’immunité, telle que des infections récurrentes, invasives, touchant de multiples foyers ou inhabituelles, les manifestations dès un jeune âge, les abcès cutanés profonds ou ganglionnaires, le retard staturopondéral et l’eczéma grave ou réfractaire. Dans les cas d’abcès périanaux récurrents, une maladie inflammatoire de l’intestin est à envisager.
L’évaluation de la gravité est largement subjective, mais il existe des scores validés pour contribuer à définir les maladies bénignes, modérées et graves. Le score ASSET de Melbourne est utilisé pour évaluer la cellulite. Des scores élevés laissent supposer une gravité croissante, dont le seuil est de quatre antibiotiques par voie intraveineuse (IV) inutiles[17]. Selon un sondage fondé sur les cas réalisé auprès de pédiatres, les principales observations associées à la gravité et au traitement par des antimicrobiens IV plutôt que par voie orale englobaient le suivi de la lymphangite, une incapacité fonctionnelle de la région touchée, la fièvre, la prise d’antibiotiques par voie orale dans les 24 heures précédentes, ainsi que la dimension, le foyer et le degré d’œdème et de sensibilité[18]. Parmi les autres observations évocatrices d’une maladie invasive grave figurent des douleurs disproportionnées par rapport aux constatations cliniques, un érythème à évolution rapide, une nécrose et des crépitations.
Les prestataires de soins doivent obtenir des échantillons microbiologiques en cas de plaies ouvertes ou de lésions contenant du pus ou du liquide bien visible. Le pus prélevé par aspiration à l’aiguille ou les abcès drainés par voie chirurgicale ou manuelle devraient être mis en culture et préférés aux écouvillons en raison de leur meilleur rendement microbiologique. Les écouvillons superficiels de la peau intacte ou non ou des ulcères sont d’une utilité limitée en raison de l’isolement du microbiote colonisant. Si un débridement est indiqué, les échantillons de tissus mis en culture procurent le meilleur rendement. D’autres prélèvements (p. ex., la biopsie cutanée) peuvent être envisagés en cas d’infection chronique, d’échec thérapeutique, d’immunodépression ou d’expositions inhabituelles. Dans de telles situations, les prestataires de soins doivent demander une consultation en infectiologie ou en dermatologie (ou les deux) pour orienter les demandes d’échantillons. Des écouvillons viraux spécialisés provenant de vésicules mises à plat déposées dans un milieu de culture réservé doivent être prélevés en vue de l’amplification en chaîne par polymérase (PCR) du virus Herpes simplex, du virus Herpes zoster et des entérovirus. Les hémocultures sont rarement indiquées en cas d’IPTM bénignes ou modérées sur le plan clinique, mais devraient être prélevées en cas de maladie systémique, de choc et d’infection grave ou profonde. Lorsque la situation clinique l’indique, des prélèvements cutanés par grattage pour détecter les dermatophytes et les ectoparasites devraient être effectués, conformément aux protocoles des laboratoires locaux.
Les prestataires de soins devraient d’abord évaluer si l’administration d’antimicrobiens s’impose. Des infections mineures peuvent guérir spontanément par de simples soins de la plaie. Les pratiques exemplaires de prise en charge des plaies sont exposées dans le site woundscanada.ca, en anglais. En plus des soins de la plaie, une prescription d’antimicrobiens topiques de courte durée (de trois à cinq jours) peut être nécessaire. Les données probantes sur les avantages des antimicrobiens topiques en vente libre (p. ex., la polymyxine B, la bacitracine, la néomycine) demeurent floues[19]. Les choix d’antimicrobiens empiriques doivent être adaptés à l’anamnèse (p. ex., les expositions), aux conclusions de l’examen physique et aux résultats microbiologiques antérieurs, lorsqu’ils sont disponibles. Il faut prioriser les résultats microbiologiques les plus récents. Il est recommandé de procéder aux antibiogrammes locaux destinés à la population pédiatrique pour orienter les choix d’antimicrobiens empiriques.
Les antibiotiques empiriques devraient cibler les principaux agents pathogènes responsables des IPTM (voir le tableau 2[20]-[22]), et la plupart des infections se prêtent à un traitement par voie orale. Dans la majorité des cas, y compris des infections modérées, la céfalexine par voie orale convient, pourvu d’administrer une posologie appropriée[23]. La polythérapie de céfalexine et de triméthoprime-sulfaméthoxazole ou les antibiotiques IV à large spectre en contexte ambulatoire (p. ex., la ceftriaxone) sont déconseillés. Un traitement empirique qui cible le SARM peut être justifié dans certains cas, par exemple, lorsque les enfants sont colonisés ou vivent dans des régions où le SARM est prévalent (où plus de 10 % à 15 % des isolats de S. aureus résistent à la méthicilline)[24]. Le triméthoprime-sulfaméthoxazole par voie orale est favorisé en raison des forts taux de sensibilité au SARM au Canada. La résistance à la clindamycine est plus élevée, mais cet antibiotique peut tout de même être envisagé chez les enfants dont des isolats ont déjà été sensibles à ce médicament ou lorsque les antibiogrammes démontrent une sensibilité élevée. Lorsqu’un patient est un porteur du SARM confirmé (p. ex., la culture des narines a donné un résultat positif au SARM) ou qu’on découvre qu’il l’est après avoir entrepris un traitement aux antimicrobiens, mais que son état s’est amélioré après un traitement ne visant pas le SARM, il n’est pas nécessaire de changer d’antimicrobiens. Chez les enfants colonisés par le SARM ou qui habitent dans des régions très endémiques au SARM et qui sont atteints d’une IPTM non purulente (p. ex., une cellulite) sans manifestations systémiques, les prestataires de soins doivent envisager l’administration d’un antimicrobien ne visant pas le SARM (p. ex., la céfalexine), conjuguée à un suivi étroit[25][26].
Chez les enfants hospitalisés, le choix de l’antimicrobien est orienté par l’anamnèse et la gravité de la maladie. Chez les enfants non toxiques qui n’ont pas été exposés à des agents pathogènes atypiques, la céfazoline IV ou, lorsqu’on soupçonne un SARM, la vancomycine, est appropriée. Chez les enfants qui sont dans un mauvais état général systémique ou toxique (p. ex., crainte de sepsis, de fasciite, de myosite ou de choc), de nombreux experts recommandent une couverture empirique à large spectre (ceftriaxone ou pipéracilline-tazobactam, conjointement avec de la vancomycine), puis l’arrêt de la vancomycine une fois le SARM exclu. L’ajout d’un antibiotique antitoxinique (p. ex., la clindamycine) devrait alors être fortement envisagé[27]. Les prestataires de soins devraient obtenir une consultation en infectiologie et sélectionner les antibiotiques d’après les résultats de la microbiologie. Lorsque les IPTM sont compliquées par un virus herpétique (p. ex., le virus Herpes simplex ou Herpes zoster), il sera peut-être nécessaire d’administrer de l’acyclovir IV ou de l’acyclovir-valacyclovir par voie orale.
Tableau 2. Les antimicrobiens pour le traitement systémique des infections de la peau et des tissus mous
* La dose devra peut-être être rajustée selon la fonction hépatique ou rénale ou parce qu’il s’agit d’un nourrisson. Consulter en pharmacie, au besoin.
† Faible risque : <10 % à 15 % des isolats de S. aureus sont des SARM; risque élevé : >10 % à 15 % des isolats de S. aureus sont des SARM. g grammes; IV par voie intraveineuse; kg kilogrammes; mg milligrammes; per os par voie orale; SGA Streptococcus du groupe A; SARM Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline; SASM Staphylococcus aureus sensible à la méthicilline; TMP-SMX triméthoprime-sulfaméthoxazole; UI unités internationales
La prise en charge chirurgicale
Il est essentiel de contrôler la source des abcès par drainage chirurgical ou manuel. Des compresses chaudes peuvent faciliter le drainage. Après le drainage d’une petite collection non compliquée chez un hôte en bonne santé sans cellulite périphérique marquée, l’administration d’antimicrobiens est rarement indiquée[28]-[30]. Si le traitement aux antimicrobiens a déjà été amorcé, on peut généralement y mettre un terme après le drainage. Les soins de la plaie sont importants après le drainage pour favoriser la guérison; on peut envisager une consultation avec des experts en soins des plaies.
Dans le cas d’infections nécrosantes, il est essentiel d’obtenir une consultation chirurgicale d’urgence en vue d’un débridement. Des échantillons de pus et de tissu profonds doivent être envoyés en microbiologie en vue de cultures aérobies et anaérobies. Le débridement des ulcères chroniques et les biopsies de lésions inhabituelles ou chroniques ainsi que de lésions réfractaires au traitement permettent d’assurer l’envoi des tissus qui seront mis en culture bactérienne, mycobactérienne et fongique, de même qu’en histopathologie, afin de contribuer au diagnostic et de cibler le traitement.
Figure 2. L’algorithme du traitement des infections de la peau et des tissus mous

* Abcès, anthrax, furoncle
† Infection bénigne (zone limitée) : En bon état systémique, IPTM localisée, absence ou présence minime d’érythème ou d’induration, absence d’infection profonde. Traitement ambulatoire. Peut se résorber par de simples soins cutanés.
‡ Infection modérée (p. ex., cellulite limitée) : En bon état systémique, ne progresse pas rapidement, absence d’infection profonde. Traitement ambulatoire.
§ Infection grave (p. ex., cellulite généralisée ou infection profonde) : Infection étendue, instabilité sur le plan clinique, progression rapide, nécrose, douleur disproportionnelle, crépitations. Traitement intrahospitalier. En cas de mauvais état général systémique, amorcer l’antibiothérapie empirique d’urgence.
¶ Réévaluer le diagnostic (reprendre l’anamnèse et l’examen physique), nécessité de contrôler la source
** Consulter en infectiologie, consulter les directives locales au sujet des antimicrobiens
‡‡ Facteurs de risque de SARM : colonisation par le SARM, IPTM à SARM antérieures ou récurrentes, prévalence locale supérieure à 10 % à 15 %
IPTM infection de la peau et des tissus mous; IV voie intraveineuse; IgIV immunoglobulines intraveineuses; per os par voie orale; SARM Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline
Il est important de maintenir la barrière cutanée intacte, y compris par la prise en charge des plaies et le contrôle des troubles dermatologiques primaires, afin de prévenir les IPTM et leurs récurrences. La prise en charge de l’eczéma doit être optimisée, ce qui comprend la rupture du cycle de prurit→grattage→lésion cutanée. Une consultation en dermatologie est à envisager pour les enfants ayant des affections cutanées difficiles à contrôler qui laissent craindre une récurrence ou une infection grave.
Chez les patients en bonne santé, la décolonisation obtient des résultats mitigés pour ce qui est de la prévention des récurrences d’IPTM; les schémas et les pratiques thérapeutiques varient, sans qu’un consensus clair se dégage[31]-[36]. Les pratiques de décolonisation peuvent également être coûteuses et assécher la peau en l’absence d’utilisation de crèmes hydratantes. La colonisation est souvent récurrente, malgré des pratiques de décolonisation diligentes[37]-[39]. Certains experts réservent la décolonisation aux récurrences d’IPTM modérées à graves, aux éclosions dans le ménage ou à la préparation d’interventions comportant un risque marqué d’infection. Les cas difficiles tirent souvent profit d’une consultation en infectiologie, et les avantages et désavantages des traitements, ainsi que leurs taux de succès variables, devraient être abordés avec les familles. Lorsque c’est recommandé, il est bon de procéder à un essai d’onguent à la mupirocine 2 % badigeonné deux fois par jour dans les narines pendant cinq jours, combiné à un nettoyage quotidien à l’aide d’un savon à la chlorhexidine 4 % ou de lingettes de chlorhexidine 2 % (pendant cinq à sept jours)[40]. Les bains d’eau de Javel diluée constituent une alternative acceptable qui peut être utilisée dans le cadre de schémas de décolonisation (tous les jours pendant cinq à sept jours) ou d’arrêt du traitement d’entretien (ou les deux)[41]. La décolonisation parallèle des membres de la famille ou du ménage est à envisager pour accroître les possibilités de réussir la décolonisation, même si les données probantes liées à cette pratique se contredisent[42]-[44]. Il est déconseillé de recourir à des antimicrobiens par voie orale pour la décolonisation, à moins d’avoir obtenu une recommandation en infectiologie[31].
Les bains d’eau de Javel diluée sont composés d’un quart à une demi-tasse d’eau de Javel (125 mL à 250 mL) dans une baignoire d’eau. Les enfants sont invités à s’y asseoir pendant cinq à dix minutes. La nage dans une piscine d’eau chlorée a un effet similaire. Les bains d’eau de Javel diluée peuvent se poursuivre de une à deux fois par semaine chez les enfants atteints d’une IPTM récurrente afin de supprimer le microbiote bactérien. Il faut s’assurer d’appliquer de la crème hydratante après le bain. Le ménage doit prendre des mesures de décolonisation environnementale concomitantes, y compris le nettoyage des surfaces à l’aide d’une solution contenant de l’eau de Javel, notamment les surfaces les plus touchées, le lavage des serviettes, des vêtements et de la literie dans l’eau chaude et le remplacement ou la désinfection des articles d’hygiène personnelle[45]-[47]. Le partage de ces articles et de l’équipement sportif est déconseillé. Pour maximiser la réussite du traitement, les prestataires de soins sont invités à rédiger des documents qui décrivent les mesures à prendre, qui contiennent des images et des directives détaillées et qui sont traduits dans les langues locales.
D’autres mesures contribuent à réduire les récurrences : les soins diligents des plaies, le recouvrement des plaies ouvertes, les recommandations en matière de vaccination universelle contre la varicelle et le nettoyage régulier de l’équipement collectif, sportif et d’exercice (idéalement après chaque utilisation). Les infestations par la gale et les poux prédisposent aux IPTM et devraient être traitées conformément aux directives locales[48][49]. La suppression par une antibiothérapie chronique est rarement indiquée, mais peut être envisagée après avoir consulté en infectiologie en cas de certaines erreurs innées de l’immunité, de maladies dermatologiques chroniques ou récurrentes ou d’affections liées à un drainage lymphatique aberrant.
Le comité de la pédiatrie communautaire et le comité de la santé des Premières, des Inuits et des Métis de la Société canadienne de pédiatrie ont révisé le présent document de principes, de même que le comité de direction de la section de la médecine d’urgence pédiatrique, de la pédiatrie communautaire et de la pédiatrie hospitalière de la SCP et les membres de l’Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada (AMMI).
COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION DE LA SOCIÉTÉ CANADIENNE DE PÉDIATRIE (2024-2025)
Membres : Michelle Barton MD (présidente), Laura Sauvé MD (présidente sortante), Eugene Ng MD (représentant du conseil), Ari Bitnun MD, Jeannette Comeau MD M. Sc., Sergio Fanella MD, Justin Penner MD, M. Sc.
Représentants : Dorothy L. Moore MD (Comité consultatif national de l’immunisation), Ari Bitnun MD (Groupe canadien de recherche pédiatrique et périnatale sur le VIH/sida chez les enfants), Isabelle Viel-Thériault MD (Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages), Marina Salvadori MD (Agence de la santé publique du Canada), Sean O’Leary (comité des maladies infectieuses, American Academy of Pediatrics), Rupeena Purewal MD (Programme canadien de surveillance active de l’immunisation [IMPACT]), Cora Constantinescu (comité de pédiatrie, Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie Canada)
Auteurs principaux : Justin Penner MD, Sergio Fanella MD
Financement
Aucun financement n’a été accordé pour la préparation du présent manuscrit.
Conflits d’intérêts potentiels
Le docteur Fanella déclare avoir reçu un financement à titre de chercheur principal d’un établissement local sur les triglycérides à chaîne moyenne pour les vaccins contre la COVID-19 chez les enfants (ModernaTx). Les auteurs n’ont aucuns autres conflits d’intérêts à déclarer. Ils ont remis le formulaire de divulgation des conflits d’intérêts potentiels de l’International Committee of Medical Journal Editors.
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.